Deux inconnus vers l’inconnu [Concours RP 1 - AmaneshiSama]

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    • Deux inconnus vers l’inconnu [Concours RP 1 - AmaneshiSama]

      [HRP] Texte du concours RP 1 : Vers l'inconnu [/HRP]


      Deux inconnus vers l’inconnu

      Sous le soleil de l’été, le bleu de l’océan. Je vogue vers un monde meilleur, plein de douces promesses. Un monde qui ne connait ni la faim, ni la misère. Un monde riche et prospère dont nous avons tous rêvé. Les vagues bercent notre caravelle improvisée alors que mon regard se porte vers l’horizon. Le bleu profond de la mer et le bleu léger du ciel s’y rejoignent, comme deux vantaux d’une même porte dissimulant les mystères d’un autre monde. Je guette ce moment où, s’écartant l’un de l’autre, ils laisseront entrevoir cette terre tant promise.

      Sous le soleil de l’été, le sable chaud. Aucun nuage à l’horizon, mais l’orage approche : le grondement du tonnerre à réaction se fait entendre au loin. Ici, les hommes se sont emparés du ciel et la foudre frappe toujours nos maisons. Un déluge de feu sous une pluie de poudre et d’acier. La guerre est revenue, encore. Je cours sur le sable, la tête dans ces nuages qui me font rêver : rendu à la nature, le ciel pourrait-il nous apporter la pluie, l’eau, la vie ? J’imagine un monde merveilleux où je pourrais lever les yeux vers les cieux, sans crainte aucune. Je veux partir, je veux m’échapper.

      Sous le ciel voilé de l’été, la mer perd ses couleurs. Le monde devient gris et semble vouloir nous imposer son humeur maussade. Les portes du paradis nous restent désespérément fermées, elles paraissent même s’éloigner. Le vent se lève et masque doucement l’horizon d’un épais rideau de coton. Le rêve laisse progressivement place à l’ennui, puis à l’inquiétude. Ce voyage est long, trop long, beaucoup trop long. L’ultime traversée – des plus aisées nous a-t-on maintes fois assuré et rassurés – s’allonge et nous plonge dans une anxieuse attente. Et me vient alors cette terrible pensée : « Nous aurait-on trompés ? Entre songe et mensonge, ce monde inconnu que l’on nous a si chèrement vendu existe-t-il seulement ? »

      Sous les feux de l’été, le sable se soulève, tourmenté par une caravane blindée. Un épais panache de poussière s’élève et, de coup de tonnerre en vent de colère, se propage en une myriade de colonnes de fumée. Ici, les nuages façonnés par les hommes naissent sur le sol et se précipitent vers le ciel. Il n’y a pas d’abris, pas de sanctuaire : il n’y a qu’à prier pour que l’orage passe au loin et que le sort choisisse une autre victime. Je veux m’enfuir, car j’ai ouï dire qu’ailleurs on pouvait trouver la paix. Un monde imaginaire où las de la guerre, frères ennemis et voisins belliqueux ont fini par s’accorder. Une utopie pour nous qui sommes enfermés, prisonniers de ce monde dominé par la violence et la haine. Les détonations de plus en plus fortes me sortent de mes rêveries : la tempête se rapproche encore. Je m’arrête et je ferme les yeux, car je n’ai nulle part où courir.

      Sous la tempête estivale, la mer se déchaîne. Une pluie battante balaye l’océan qui à son tour se soulève, lançant ses vagues à l’assaut des nuages. Le ciel gronde et la mer grogne en retour, les éléments s’affrontent dans une impressionnante démonstration de puissance. Notre frêle esquif est balloté par la houle, balayé par le vent, noyé sous des trombes d’eau. Notre embarcation se brise et se disloque. Tétanisés par la peur, épuisés par notre vaine résistance, nos bras et nos jambes ne peuvent se décrocher des restes de notre radeau de fortune. Nos espoirs brisés nous tirent vers le fond. Comment, pourquoi tenter de regagner la surface ? Je renonce, j’abandonne et je sombre, toute volonté engloutie pas les flots.

      Sous la tempête infernale, le sable s’envole et fouette tout ce qui l’entoure. Je marche dans un nuage de poussière excité par des vents contraires. Je ferme les yeux qui me brûlent et couvre des mains mes oreilles percées par le vacarme les détonations. Le bruit réduit, mais je ressens les vibrations de chaque explosion. La terre tremble à chaque coup et mon corps vibre sous les ondes des chocs qui se succèdent. A droite, puis à gauche, derrière et… Soudain un invisible mur me percute dans une douleur si vive que mes sens peinent à la comprendre. Je décolle et je m’envole. Arrachée à son enveloppe charnelle, mon âme poursuit son irrémédiable ascension alors que ma dépouille chute lourdement sur le sol.

      Je touche le fond. Dans l’obscurité des abysses, l’oppressante masse liquide semble s’écarter et se pétrifier. Une roche suintante qui se forme en une longue caverne. Le sol lui se liquéfie et se mue en rivière souterraine éclairée d’une lueur diffuse. Je distingue une silhouette qui prend appuie sur une perche et propulse notre barque vers l’autre monde. Je vogue vers un autre monde, enfin meilleur ?

      J’atteins le ciel. Je cours avec le vent, les pieds dans les nuages qui paissent en troupeaux dans un champ d’azur. Je sautille d’un cumulus à l’autre et des formes naissent et disparaissent au gré de mes envies. Un instant, je baisse les yeux vers la terre. Vus d’ici, les prédateurs de ce bas monde sont bien peu de choses. Quelle importance ? Je cours dans un monde de rêves. Les rêves sans fin d’un sommeil à jamais sans réveil.


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      Message modifié 1 fois, dernière modification faite par “Cloud62” ().

    • J'ai beaucoup aimé ce style, cette gradation à chaque paragraphe. L'histoire et le message qu'elle fait passer m'a également séduit.
      Vraiment, c'est une plume qui vaut le coup d'être lue. J'espère avoir l'occasion de la recroiser !


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